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Le Syndrome Bounatiro
Ou le Dysfonctionnement de la Science en Algérie

Le Quotidien d'Oran, 22&23 Juillet 2003

Jamal Mimouni(*)

I- Introduction

Plus d’un mois s’est écoulé depuis le séisme qui a ravagé Boumerdès et les wilayas environnantes, et dont les conséquences ont marqués la vie nationale pendant plusieurs semaines. Ce séisme fut accompagné d’un phénomène d’une autre dimension, une controverse surprenante qui mit au prise d’un coté un chercheur Dr. Loth Bounatiro, fort de ses titres et de ses théories, et de l’autre la communauté scientifique représentée par le CRAAG[1] et certaines instances officielles.

     Finalement de cette lutte inégale, amplifiée par les médias et où tous les coups étaient permis, aucune des deux parties n’est sortie clairement vainqueur[2], et le public n’a jamais su à quoi s’en tenir sur les termes du débat. Certes il n’y a pas eu, Dieu merci, de violent séisme postérieur à celui du 21 mai contrairement à ce que prédisait Bounatiro, ni même de réplique sismique due à un supposé effet des marées lors de l’éclipse solaire, mais le mal fut fait; entre autre, une bonne partie de l’exode des habitants d ‘Alger durant cette période est à mettre au compte de l’ « effet Bounatiro ». En fait, le grand perdant comme nous argumenterons dans ce qui suit, fut sans nul doute, l’image de la science chez le grand public et la crédibilité des scientifiques en général.

          Nous nous proposons dans cet article d’analyser précisément les termes de ce débat, si débat il y a eu, et d’expliciter les circonstances qui ont permis de faire émerger ce que l’on ne peut qu’appeler le syndrome Bounatiro[3]. Nous livrerons nos conclusions tout de suite, l’épisode Bounatiro n’a existé que grâce aux dysfonctionnements de la science et de ses institutions en Algérie. D’autre part, nous scientifiques portons notre part de responsabilité dans cette défaite patente de la science aux yeux du public, de par notre incapacité d’informer, d’expliquer, et de convaincre, et ce dans une langue qui lui est accessible. Ceci illustre aussi de manière poignante cette incommunicabilité de nos scientifiques que nous avions exposé dans un article précédent dans les pages du Quotidien[4].

II- Le Syndrome Bounatiro

La manière soudaine dont Bounatiro a été propulsé sur la scène nationale, la manière dont il fit la « une » d’une bonne partie des journaux et fut même l’invité du forum d’El-Youm, et en général le fait qu’il fut dans toutes les discussions des gens pendant au moins deux semaines, justifie que l’on utilise le concept de phénomène pour caractériser cet épisode marquant de la vie publique. Le fait que ce phénomène apparaît de manière récurrente depuis plus d’une décennie avec le même ensemble de symptômes caractéristiques, mérite qu’on parle même de syndrome Bounatiro. Nous citerons à titre d’exemples sa sortie médiatique lors du séisme de Ain-Témouchent, ses prédictions annuelles sur la visibilité du croissant lunaire du Ramadhan[5], et enfin sa fameuse « Horloge Cosmique » qui marche dans le sens inverse du sens des aiguilles d’une montre et la controverse sur sa paternité. Toutefois, si sa sortie médiatique lors du séisme de Boumerdès ne fut pas son coup d’essai, elle fut en tout cas son coup de maître.

En quoi consiste donc le syndrome Bounatiro ? C’est maintenir une position scientifique sur un sujet d’actualité explosif ou a fort relent social, en opposition avec ce que la communauté scientifique prend pour acquis, et la proclamer haut et fort dans tous les média. Le problème est que ces média qui n’ont aucune compétence scientifique particulière, vont lui ouvrir leurs colonnes sur la base de son affiliation professionnelle et la force de ses convictions. Notre homme s’y engouffrera, profitant de la tiédeur des réactions autorisées pour créer l’esclandre.

Si Bounatiro était simplement un de ces illuminés qui par exemple allèguent avoir réfuté la relativité d’Einstein ou autre de ces prétentions monumentales reportés régulièrement dans nos journaux, le problème aurait été vite réglé. Mais non, nous avons affaire à un Maître de Recherche[6] diplômé d’une université française, ayant une carrière de quelque vingt ans, et qui a un CV plus fourni que certains de ses contradicteurs !

C’est bien ce qui s’est passé lors du dernier épisode du « phénomène » : alors que l’établissement des dégâts du séisme était en cours, Mr.Bounatiro faisait la une de certains journaux, prétendant avoir prédit le séisme il y a plus de dix ans, et parlant d’une secousse à venir encore plus grande, en particulier lors de la conjonction due à l’éclipse solaire du 31 mai. Ajoutons que malgré le fait que notre homme n’est ni particulièrement éloquent, ni vraiment convaincant, il saura par son génie médiatique et son opiniâtreté, monopoliser le débat.

Nous nous risquerons dans cet article à analyser le syndrome Bounatiro, révéler ses soubassements, et en discuter certaines de ses implications. Nous voyons trois facteurs fondamentaux qui ont permis son émergence et sa persistance :

- L’ignorance et la crédulité du grand public.

- L’incommunicabilité chronique et l’inintelligibilité du discours de nos scientifiques lorsqu’ils s’adressent au public.

- La couverture institutionnelle dont il jouit, et qui ajouta à la confusion du public.

Nous allons reprendre ces trois éléments en détail dans ce qui suit.

III- Bounatiro, la Connexion Astrologique

La Pensée Astrologique à l’Honneur dans nos Média

 Il est un fait marquant de nos média, et en particulier dans notre presse, c’est sa profonde acculture lorsqu’il s’agit d’affaires scientifiques. D’ailleurs aucun journal n’a à notre connaissance d’éditeur scientifique ou même tout bonnement de journaliste scientifique ; et s’il se trouve une rubrique scientifique, elle est le plus souvent confiée au dernier journaliste embauché, et consiste en un méli-mélo d’articles récoltés à droite et à gauche, tous ou en grande partie plagiés. Qui plus est, la floraison de colonnes et d’articles traitant de l’irrationnel et de la magie, y compris l’imparable rubrique d’astrologie, ne fait que confirmer l’absence de discernement scientifique de notre presse.

Aussi n’est-il pas étonnant qu’une personne telle que Bounatiro avec ses titres et sa couverture institutionnelle puisse berner plus d’un avec ses théories pseudo scientifiques, l’intérêt du public pour le bizarre et le non conventionnel faisant le reste.

Posons d’emblée que l’essence du discours tenu par Bounatiro concernant les phénomènes naturels est astrologique. Il est d’ailleurs remarquable que personne impliqué dans le débat ne semble avoir relevé cette connexion. Certes il a été traité par ses contradicteurs de la communauté scientifique de charlatan, mais cela tenait plus de l’invective et du dépit devant ses succès médiatiques que d’un décryptage de son discours.

L’astrologie ce « faux déterminisme » 

Rappelons d’abord au lecteur que l’astrologie est une pratique datant des Chaldéens qui prétend établir une relation causale entre le caractère d’un individu et la position des astres à sa naissance. Or cette relation n’a jamais été supportée par les faits. Aussi l’astrologie n’est en fait qu’un « faux déterminisme » comme l’a caractérisé si bien P.Couderc, et se situe hors du cadre de la science. En effet, la pratique scientifique ne consiste pas seulement à supposer l’existence d’une causalité entre des événements, mais bien à la démontrer suivant un protocole expérimental rigoureux. Or la seule relation causale établie par la science entre les corps célestes et la Terre est l’action gravitationnelle des planètes, et dont l’action est toujours négligeable pour les phénomènes terrestres. Aussi, bien qu’elle semble située aux antipodes de l’idéalisme voire du mysticisme en ce qu’elle se prévaut d’un déterminisme des plus intransigeant, en pratique elles se rejoignent.

De plus, il est désirable qu’une branche scientifique aille au delà d’une simple description des faits, pour établir des synthèses basées sur une matrice de relations, chacune légitimée par l’expérience. Or sur ce point, l’astrologie n’a rien de significatif à présenter, elle n’a aucune explication pour les relations causales qu ‘elle postule entre le Monde supra lunaire et celui terrestre, pourquoi par exemple la présence de Mercure au dessus de l’horizon lors de la naissance de tel individu déterminerait t’elle son futur ?

Notons enfin que du point de vue islamique, l’astrologie est rigoureusement proscrite, en particulier de par sa prétention de pouvoir prédire l’avenir.

 Le vivier astrologique de Bounatiro

Mentionnons certaines de ces convergences entre les théories de Bounatiro et la tradition astrologique[7]. Il y a tout d’abord cette prédiction d’une réplique violente au séisme du 21 mai qui devait se produire en particulier à l’occasion de l’éclipse solaire du 31 mai et basée sur une relation qu’il postule entre la phase de la Lune (la nouvelle Lune pour ce qui concerne l’éclipse solaire) et des changements au niveau de l’écorce terrestre. Or toute personne avançant une telle corrélation n’a semble t-il rien compris à la physique newtonienne. En effet, seules importe les distances et les masses, et à ce sujet la Lune gravite autour de la Terre à quasiment la même distance quelque soit le degré d’éclairement de sa surface. Quant à la force des marées qui est une force newtonienne dans son essence, elle n’a qu’un effet absolument négligeable sur l’écorce terrestre comme un calcul élémentaire permet de l’établir[8]. Si d’autres forces que celle de la gravité entrent en jeu, ce sont aux astrologues de les délinéer et de quantifier leurs effets expérimentalement. Cette supposée influence des astres sur les séismes que Bounatiro adopte est un sujet de prédilection des astrologues depuis plusieurs siècles au moins. C’est cette même vision holistique qui lui permet d’invoquer une corrélation entre la vague de chaleur de ces derniers jours dans notre pays et de possibles répliques sismiques[9]. En fait, il va même plus loin dans ces interconnexions puisqu’il prétend qu’il y a une relation entre le champ magnétique solaire et la vague de chaleur[10]. De plus, cette prétention d’être à la fois astronome et géophysicien qu’il a maintes fois affirmée est aussi inhérente à la tradition astrologique et propre à faire sourire n’importe quel scientifique.

Il est révélateur aussi que Bounatiro utilise l’expression « conjonction astrale » pour parler de l’alignement Terre – Lune – Soleil lors de l’éclipse solaire, or ce concept est devenu au fil des années uniquement astrologique !

Mais la révélation véritable, le « smoking gun » de l’affaire, c’est bien qu’il a publié dans des revues astrologiques ; en effet la seule publication qui lui est attribuée durant ces dix dernières années est un article qu’il a écrit pour la revue française l’ « Astrologue » No124 – 1998.

Voici donc dans quel vivier Bounatiro puise son inspiration et ses convictions[11]. La question qui reste posée est comment une personne avec de telles références a t-elle pu défier toute la communauté scientifique ?

IV- La Science cette Grande Invisible

Si l’Armée peut se prévaloir d’être la Grande Muette mais omniprésente, la Science elle peut se targuer d’être la Grande Invisible frappée en plus d’un mutisme total. Nous avons ainsi :

- Les Universités, haut lieu du savoir, qui font de la formation et un peu de recherche, recherche trop souvent découplée des problèmes et intérêts du pays, le tout hermétiquement isolé de la société.

- Le Haut Commissariat à la Recherche est tellement haut situé qu’inaccessible, et personne dans la communauté universitaire ne sait vraiment ce qui s’y concocte.

- Quant à l’industrie, la force motrice de l’innovation technologique dans les pays développés, il est notoire que dans notre pays elle n’innove pas, mais se contente d’importer machines et know-how, et de (sous)produire.

Pourtant le potentiel humain représenté par nos chercheurs est remarquable, il ne demande qu’à être mobilisé et se faire fructifier autour de taches nationales et d’objectifs précis, le tout géré avec détermination et rigueur. C’est un immense réservoir de compétence assoupi car inutilisé.

Tous ces secteurs d’activité avec tout ce qu’ils représentent comme savoir et expertise, ne sont nul part représentés dans la vie sociale, culturelle et politique du pays.[12] Nous voyons rarement nos scientifiques sur les plateaux de nos TV, et quant cela se produit, le spectacle est toujours désolant.

Ceci fut amplement démontré lors du bras de fer Bounatiro-CRAAG où nos scientifiques firent preuve d’un manque incroyable de capacité de convaincre. Une série d’émissions dite de vulgarisation furent consacrées au séisme par l’ENTV afin de donner un minimum d’éducation sismologique au public, et implicitement à contrer les affirmations de Bounatiro. Il est patent qu’elles ont échouées lamentablement à informer et à convaincre. On ne discoure pas à un peuple en état de choc dans un français châtié et en utilisant une terminologie précieuse de phénomènes scientifiques, et prétendre avoir informé. Si l’objectif était vraiment de vulgariser la science, on aurait dû renoncer à ces exercices de haute voltige multi linguale qui ne résulte qu’en une cacophonie. Seuls s’en sortent bien ceux qui ont une certaine pratique des deux langues, donc ceux dont on pourrait argumenter qui ont le moins besoin de cette sorte d’émissions vu leur facilité d’accès à d’autres sources d’information. Et puis au vu de l’aréopage de scientifiques distingués présents sur le plateau, combien aurait-on désiré avoir un Mourad Chebbine ou un Fodhil Boumala pour diriger ces débats, au lieu d’un présentateur langue de bois, sans sophistication, ni un minimum de culture scientifique. D’un autre coté, pourquoi cette surreprésentation étrangère sur le plateau si ce n’est que pour mieux cultiver notre complexe d’infériorité ?[13]

Un autre aspect notable de la controverse est que le CRAAG s’est posé et a été perçu comme l’unique interlocuteur des média pour contrer Bounatiro. Or nous avons d’éminents spécialistes des sciences de la terre dans nos universités dont la compétence n’a rien à envier à celle du CRAAG et qui auraient du intervenir dans le débat. De plus, le CRAAG était le moins apte à répondre à la bombe Bounatiro car il traînait à ses pieds un boulet, le boulet Bounatiro comme nous expliciterons plus loin.

Cette invisibilité de la communauté scientifique est patente dans son mutisme total lors de la controverse annuelle sur la visibilité du croissant du Ramadhan. Ainsi par exemple, l’Association Sirius d’Astronomie de Constantine s’est faite malmenée cette année par le Ministère des Affaires Religieuses, et même menacée de poursuites judiciaires par le Ministre lui même tel que cela fut rapporté en première page des journaux, pour avoir déclarée que la décision de l’Aid 2002 était basée sur un croissant invisible astronomiquement. Au lieu d’assister à une levée de boucliers des diverses institutions et associations scientifiques pour cet attentat contre une vérité cosmique qui peut être vérifiée par n’importe quel logiciel d’éphémérides d’astronomiques, nous avons eu le droit à un honteux silence en or. Des millions de personnes sont ainsi induites en erreur presque chaque année et jeûnent sur la base d’une impossibilité scientifique sans que personne ne bouge. Certes l’observation du croissant de l’Aid n’a pas le même impact qu’un séisme, mais la vérité scientifique est une et indivisible. Elle devait être bonne à défendre que ce soit contre un Bounatiro ou le Comité du Croissant Lunaire.

Ainsi, les débats publics menés lors du dernier séisme ont amplement vérifiés l’incommunicabilité de nos scientifiques, ainsi que notre thèse que notre société est toujours imperméable à la science[14]. D’ailleurs, en dehors des débats survenants lors de catastrophes naturelles, aucun plateau ne les accueillera ; Dieu merci, nos responsables médiatiques savent encore ce que taux d’écoute veut dire. A été de plus conforté l’image du scientifique aphasique, au mieux se parlant à lui même, en marge de la société, et incapable de lui distiller un peu de culture scientifique. Nous avions aussi relevé que les propositions contenues dans l’avant projet de réforme de la commission Benzaghou[15] qui préconisait de franciser les disciplines scientifiques et techniques des différents paliers de l’enseignement moyen et secondaire ne ferait entre autre qu’aggraver cette rupture des scientifiques avec leur société. En coupant tous les ponts de communication, elle empêchera nécessairement cette culture scientifique d’infuser la société, et fera perdre tout espoir d’insérer cette dernière dans le monde moderne avec un mode de pensée basé sur la raison et l’esprit critique.

V- Comment le CRAAG a Crée le Phénomène Bounatiro ?

Nous argumenterons maintenant que le phénomène Bounatiro n’existe que grâce aux dysfonctionnements du CRAAG. En effet si notre homme n’était pas paré de la crédibilité que lui confère son appartenance à cette institution de l’Etat, personne ne lui aurait accordé beaucoup d’attention. Il a de plus exercé pendant un certain nombre d’années la fonction de Chef du Département d’Astronomie au sein de cette institution, c’est donc un des plus hauts gradés du CRAAG. Ce conflit peut-être vu en grande partie comme un conflit interne au CRAAG, qui couvait d’ailleurs depuis une dizaine d’années au moins, et qui a débordé sur la place publique dans les circonstances dramatiques que nous connaissons[16]. Où réside donc la faille ?

En fait le CRAAG est une institution à part parmi les institutions scientifiques nationales par son rattachement au Ministère de l’Intérieur. De ce fait, ses chercheurs travaillent trop souvent en vase clos avec peu de contacts avec les autres scientifiques universitaires[17]. Ceci résulte en ce que l’évaluation des travaux et projets se fait toujours de manière interne avec toute la complaisance que l’on peut imaginer, résultant en un manque de rigueur dans la gestion des programmes et la faiblesse de la production scientifique. Sans vouloir accabler outre mesure nos collègues du CRAAG dont certains sont d’ailleurs d’excellents scientifiques, nous voudrions attirer l’attention sur le fait que la science qui se fait est nécessairement une science où toute la communauté scientifique a un droit de regard. Une institution en autarcie et qui s’auto évalue ne peut produire de science de valeur significative. Nous plaidons donc pour un CRAAG en synergie avec la communauté scientifique nationale.

D’ailleurs il ne s’agit pas de blâmer seulement le CRAAG ; tous les scientifiques ont leur mea-culpa à faire. Il nous faut de plus reconnaître que pour quelques cas du type Bounatiro au CRAAG, se trouve des dizaines d’autres chercheurs embusqués dans nos universités et centres de recherche dont la production scientifique est inexistante ou aberrante; ils n’ont toutefois pas le génie de la communication et l’audace d’un Bounatiro. En fait, toutes les institutions scientifiques, mêmes les plus réputées, possède en leurs sein des cas aberrants[18], mais il existe en parallèle des stratégies de « containment », ou ces cas sont isolés et rendus inoffensifs pour l’institution. Notre système lui échoue sur les deux tableaux, notre système de filtrage et d’évaluation est trop souvent un passe tout, avec des comités scientifiques de complaisance et des comités de lecture inexistants, et au lieu de rendre les cas marginaux inoffensifs ont les rend virulents.

VI- La Communauté Scientifique Algérienne dans la Tourmente

La communauté scientifique en Algérie à une double mission, elle se doit de participer à l’effort mondial de production de savoir, comme elle se doit de communiquer le savoir au public sous une forme distillée.  Produire de manière significative de la science dans un environnement hautement compétitif est un défi majeur qui demande une gestion rigoureuse et un système d’évaluation sans faille. D’un autre côté, parler à la société demande dévouement et savoir faire.

Or l’épisode Bounatiro dont cette communauté en sort affaiblie, a démontré son invisibilité, son manque de maturité et même de combativité. Son message ne réussit pas à passer, au point qu’on vienne à douter qu’elle a un message à faire passer. Et pourtant, au vu de l’irrationalité rampante dans notre société, lui inculquer un solide respect pour les sciences et une bonne dose de culture scientifique devrait être vue comme une priorité civilisationnelle. Pour ce faire, elle doit sortir de son réduit, faire le ménage dans ses rangs, être à l’écoute de sa société et de ses besoins, et apprendre à communiquer avec elle. Ceci est indispensable pour une insertion future de l’Algérie dans le concert des nations qui participent au façonnement du Monde et à l’écriture de son Histoire, si du moins nous avons cette ambition.

D’un autre coté, une communauté scientifique découplée de sa société, peu productive et sans rôle social n’est qu’un fardeau économique pour la Nation. Il n’est nullement réactionnaire de dire que l’on doit constamment veiller à ce que nous méritions la part du budget qui nous est allouée, aussi petite soit-elle. C’est un devoir national. C’est aussi tout un programme !



(*) Jamal Mimouni est Professeur au département de physique à l’Université Mentouri de Constantine.

[1] Centre de Recherche en Astronomie, Astrophysique et Géophysique.

[2] Dr.Bounatiro fut radié du CRAAG par une décision administrative quelque un mois après le séisme, non sur la base de ses travaux de recherche comme chercheur, mais semble t-il sur la controverse publique qu’il a suscitée concernant le dernier séisme.

[3] Cette appellation n’implique nullement un jugement dépréciatif sur la personne. Après tout, Mr Bounatiro, à part son coté flamboyant, ne manque pas de courage, de cohérence avec lui même, et même d’une certaine chaleur.

[4] « Quelle Langue pour la Diffusion de la Culture Scientifique en Algérie ? » J.Mimouni, Le Quotidien d’Oran, 4 Décembre 2001.

[5] Ses prédictions de visibilité sont en général en porte-à-faux avec les calculs astronomiques. Ainsi cette année il a soutenu dans un article publié par plusieurs journaux dont El-Khabar, que le croissant serait visible le 4 Décembre 2002, confortant la position du Ministère des Affaires Religieuses, mais en complète opposition avec les calculs de la communauté astronomique mondiale. Le même scénario c’était produit l’année précédente avec une prédiction de début de Ramadhan le 16 Novembre 2001 alors que cela était astronomiquement impossible.

[6] L’équivalent du grade de Maître de Conférence dans le système universitaire.

[7] Une discussion rigoureuse nécessiterait d’avoir accès à tout le corpus de sa production intellectuelle. Or, hormis son livre « La Science du Temps » 1999, la majeure partie de sa production ne semble pas être publiée, aussi nous contenterons nous d’éléments épars pris surtout de la controverse récente sur le séisme.

[8] Pour des raisons que nous ne discuterons pas ici, la réciproque n’est pas vraie ; il a été établi que les secousses sismiques lunaires relevés par les séismographes déposés sur la Lune lors des missions Apollo sont plus nombreuses lorsque la Lune se trouvent au point le plus proche de son orbite autour  de la Terre.

[9] Voir le journal Errayy du 24 Juin 2003.

[10] Or comme on le sait, le champ magnétique solaire est inexistant au niveau de la Terre vue la présence du champ magnétique terrestre. La seule conséquence marquante est la dissymétrie du champ terrestre qu’il cause aux fortes distances géocentriques. Quant aux aurores boréales qu’il provoque, cela n’est qu’un phénomène au niveau atmosphérique qui ne peut en aucun cas, contrairement aux affirmations de Bounatiro, avoir de répercussions sur l’activité tectonique.

[11] Ceci n’implique pas nécessairement que Bounatiro croit en l’Astrologie, seulement que ses travaux présentent un étrange cas de syncrétisme entre la science moderne et la tradition astrologique.

[12] Nous parlons bien entendu ici de débats sur le coté cognitif de la science, et non de ce qui touche sa gestion et les statistiques y afférant…

[13] Que ceux qui se demandent à quelle aune nous jugeons l’échec de ces émissions quant à leur objectif de vulgariser, nous les inviterons simplement à regarder des émissions similaires conduites par des chaînes européennes ou même arabes et ils seront fixés.

Si de plus on poussait l’audace à conduire un sondage au niveau du grand public comme je l’ai conduit moi même de manière casuelle, sur quelles explications il ferait foi, celles du CRAAG ou celles de Bounatiro, le résultat n’étonnera que les plus naïfs.

[14] Voir référence 3 ci-dessus.

[15] Voir nos articles écrit avec N.Guessoum dans Le Quotidien 16, 17,18 Oct. 2001, et 13 Fév. 2002.

[16] Nous pouvons donc voir combien sont déplacées les poursuites judicaires entamées par le gouvernement contre le journal Er-Rayy pour avoir publié les prédictions alarmantes de Bounatiro. Quant des voix discordantes émanent d’une même institution officielle, qui croire ?

[17] Le même problème semble se poser pour le Haut Commissariat à la Recherche (HCR), mais à plus grande échelle !

[18] Parmi les marques du génie l’excentricité, aussi tout centre de recherche se doit de garder un certain degré de variabilité parmi ses chercheurs. La ligne de démarcation entre le génie et la divagation étant parfois mince, la stratégie consistant à garder les deux types de chercheurs de peur de jeter le bébé avec l’eau du bain est de loin la plus rentable.